Mon expédition sur le sentier Laugavegar ou lorsque mère Nature en a décidé autrement!

Voici le scénario : 4 jours de marche sur le sentier Laugavegar, plus de 55 kilomètres, 3 amies et mère Nature. Tous ces éléments n’ont pas nécessairement fait bon ménage. Avons-nous terminé le sentier? Non. En avons-nous beaucoup appris sur le respect de nos limites, de notre zone de confort, sur nous-mêmes et sur mère Nature? Oui, certainement!
Quelques mois avant de se rendre en Islande, trois amies avaient prévu passer du temps ensemble avant le début du 15e Moot mondial des scouts routiers qui débutait le 25 juillet 2017. Nous avons pensé à diverses façons de passer notre 5 jours ensemble, mais après qu’un collègue m’ait dit que le sentier Laugavegar avait été sa randonnée favorite à vie, j’étais vendue. J’en ai rapidement fait part à mes amies et notre esprit scout s’est rapidement emballé pour cette aventure. Ce sentier se rend de Landmannalaugar à Thorsmork dans les hauts plateaux de l’Islande et constitue la randonnée la plus populaire du pays.

Ce sentier présente certains risques et j’en avais tenu compte dans notre planification. J’étais préparé pour les urgences médicales avec une trousse de premiers soins bien garnie, nous avions amené plus de nourriture au cas où nous étions retardés en raison d’une tempête ou de fatigue, nous avions du carburant de plus, un appareil de communication satellite, diverses cartes, compas et un guide du sentier. Même si on nous avait dit que nous n’en avions pas besoin, nous avions même des comprimés de traitement d’eau! Nous avons parlé de la durée de l’expédition et de l’équipement nécessaire. Nous avons parlé de nos objectifs quotidiens. Nous avions fait les recherches et nous étions bien préparés.

Toutefois, rien ne pouvait nous préparer à ce que mère Nature allait nous faire vivre même si nous avions bien fait nos préparatifs. À notre arrivée à Landmannalaugar, nous avons mangé notre lunch, avons pris des photos et avons entamé notre périple. Dès notre départ, nous avons été éblouies par le paysage : des champs de roches volcaniques, des amas de neige et des étangs d’eau cristalline et l’horizon à perte de vue. Nous pouvions sentir le sulfure provenant de bassins géothermiques de boue bouillante, les couches de roches et de terre qui formaient de magnifiques tons de gris et de beige partout autour. Nous étions toutes époustouflées par ce paysage.

Laugavegar Trail

Toutefois, deux heures de marche plus tard, le vent soufflait tellement fort que nous avions littéralement de la difficulté à nous tenir debout. J’ai essayé par la suite de trouver des statistiques de la vitesse du vent lorsque nous étions là-bas, mais sans succès. Permettez-moi de vous décrire la situation. L’une d’entre nous utilisait les bâtons de marche pour se tenir en équilibre, j’étais penchée vers l’avant juste pour contrer l’effet du vent qui me poussait vers l’arrière. Nos pantalons étaient fouettés par le vent et tout ce qui n’était pas bien attaché risquait de s’envoler à tout moment. Un membre d’un autre groupe a même perdu son protège sac à dos parce que personne ne l’a entendu s’envoler avec le son assourdissant du vent! Même si nous étions à quelques pas de distance l’une de l’autre, nous devions crier pour nous entendre.

Éventuellement, nous nous sommes arrêtées dans un genre de crête. Il n’y avait aucun arbre ou roche pour agir comme barrière ce qui amplifiait le son. Nous avons regardé la carte, en espérant que nous nous approchions de notre campement pour la nuit. C’est à ce moment que nous nous sommes rendu compte que les deux cartes montraient deux sentiers différents, l’une d’elles disait que nous étions très proches du campement et l’autre qu’il nous restait deux heures. Nous devions nous consulter et voir comment chacune se sentait. Nous étions toutes d’accord pour dire que le vent était énervant et dangereux puisqu’il pouvait nous faire perdre pied à tout moment.

Nous avons discuté de nos options : nous pouvions continuer, sans savoir si nous pourrions dormir ou même monter notre tente avec de tels vents, car nous n’avions aucune expérience avec ce genre de condition météo. L’autre option? Nous pouvions retourner au campement où nous avions dîné et où nous connaissions les services offerts. Si nous choisissions de continuer, nous ne savions pas combien de temps il nous restait jusqu’au campement. Nous avons conclu que si nous n’étions pas à l’aise avec la météo actuelle et que nous ne savions pas exactement où nous étions sur la carte, nous ne devrions pas continuer. Cela signifiait que nous devions abandonner. Je me suis immédiatement sentie triste et déchirée par notre décision.

De façon rationnelle, je savais que c’était le bon choix, nous n’étions pas dans une situation sécuritaire, et nous devions prendre la décision en équipe. Cela signifiait que nous devions opter pour la décision la plus conservatrice et sécuritaire. D’un côté, j’avais imaginé chaque pas de cette aventure. J’avais imaginé le sentiment que me procurerait la réussite de cette expédition. J’étais investi émotionnellement et je voulais terminer ce sentier et partager mon expérience avec les gens à mon retour à la maison. De ce point de vue, j’étais dévastée. J’ai ressenti un profond sentiment de tristesse d’être incapable de terminer cette aventure, que mère Nature ait été aussi imprévisible, que mes amies n’aient pas voulu prendre davantage de risques et de m’être emballée au autant pour cette randonnée.

Laugavegar Trail

En écrivant cet article et en partageant cette histoire, j’ai eu de la difficulté et je me suis retrouvée distraite et plutôt frustrée. J’ai pris plus de six mois à l’écrire. Cette randonnée était plus qu’une randonnée, c’était un objectif que je voulais réaliser.

Au final, j’ai passé à travers beaucoup d’émotions lorsque nous avons décidé de rebrousser chemin. La colère et la déception étaient les principaux sentiments que je ressentais, mais j’ai été surprise de voir tout le ressentiment que j’avais envers moi-même de ne pas avoir bravé le vent et décider de continuer. J’ai trouvé cette émotion plutôt difficile à comprendre puisque je suis une personne toujours très prudente. Je savais, dès que le vent s’est levé, qu’il pouvait poser un risque pour notre sécurité, mais je ne pensais jamais que cette décision affecterait autant ma confiance et mon sentiment de réussite.

Je sais maintenant avec le recul que nous avons pris la bonne décision parce qu’il n’était pas sécuritaire de continuer. Je suis fière de notre choix, mais c’était une situation difficile. Je suis tellement habituée d’être la personne qui gère tout, que je n’étais pas préparé à ce que mère Nature bouscule tous nos plans.

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