Le présent et le passé du scoutisme

Aperçu de l’histoire du scoutisme au Canada et les raisons de sa croissance rapide et de sa continuité

Chaque année pendant la semaine des scouts et des guides, mon groupe scout me raconte des histoires sur comment Robert Baden‑Powell a créé le mouvement scout et comment l’organisation a passé de quelques garçons sur l’île Brown Sea à l’une des plus importantes organisations jeunesse dans le monde. C’est une histoire que je connais maintenant par cœur, mais je me suis toujours demandé comment le scoutisme était arrivé au Canada et s’était rendu jusqu’à ma ville natale de Winnipeg.

Qu’est-ce qui a incité les premiers scouts à prendre part au mouvement? Étaient-ils différents de nous? Récemment, j’ai décidé de répondre à ces questions et j’ai effectué quelques recherches au sujet de l’histoire du scoutisme au Canada. J’ai trouvé des choses fascinantes et ça m’a donné du contexte sur le programme jeunesse que je connais et que j’adore.

Le scoutisme a commencé au Manitoba en 1908, peu de temps après la création du mouvement en Grande-Bretagne. Parmi les groupes qui ont été créés au tout début, seul le groupe 3rd Winnipeg existe toujours, depuis 1909.  En 1910, le conseil Dominion of Canada a été formé par Baden-Powell qui a demandé à son ami, le gouverneur général Earl Grey, d’agir comme premier chef scout canadien. Depuis ce temps, le gouverneur général est considéré comme le chef scout du Canada et occupe un rôle symbolique au sein de notre organisation.

Le scoutisme au Canada a grandi rapidement, avec un nombre de membres approximatif qui s’élevait à plus de 50 000 à l’été 1911. La croissance du mouvement était directement liée aux liens impériaux solides entre le Canada et la Grande-Bretagne, puisque les jeunes scouts au début provenaient principalement de familles britanniques qui avaient récemment immigré.

Selon l’essai de Patricia Dirks « Canada’s Boys—An Imperial or National Asset? Responses to Baden-Powell’s Boy Scout Movement in Pre-War Canada », certains des jeunes découvraient le programme grâce à des périodiques adressés  aux jeunes hommes, tandis que d’autres lisaient le livre Scouting for Boys reçu d’un ami ou d’un proche en GB. Le programme était considéré comme ayant une grande valeur pour la plupart des mêmes raisons qu’aujourd’hui, comme l’enseignement du leadership, le travail d’équipe, l’indépendance et la débrouillardise. Il faisait aussi la promotion des valeurs de bon citoyen et de la loyauté envers la couronne, ce qui a rendu le programme surtout populaire auprès des familles anglophones au Canada puisqu’ils souhaitent transmettre leur amour pour la Grande-Bretagne et le Canada à leurs enfants.

Le programme représentait aussi une bonne façon pour les jeunes d’acquérir les compétences et les valeurs dont ils auraient besoin s’ils se joignaient aux forces armées. Dans son essai, Dirks note à quel point le scoutisme était militarisé à l’époque ce qui s’observe dans le choix de ses dirigeants; sept des huit commissaires scouts provinciaux nommés au départ étaient des hommes militaires.

116th East Vancouver Group
Crédit photo : groupe 16th East Vancouver

Dans le premier conseil au Manitoba, de nombreux hommes avaient un titre militaire, comme le Colonel Steel. Il y avait de nombreux animateurs avec un titre militaire aussi, dont la plupart s’intéressaient au programme pour intégrer des pratiques et des valeurs militaires chez les jeunes. Cette pratique militaire est encore visible aujourd’hui dans l’uniforme, les prix et récompenses et le côté cérémonial du scoutisme, mais qui n’est pas mis en pratique comme à l’époque.

Selon Robert H. MacDonald dans « Sons of the Empire : The Frontier and the Boy Scout Movement, 1890-1918 », la militarisation du mouvement est venue partiellement en réponse à la peur grandissante de la guerre qui a mené jusqu’à la Première Guerre mondiale. Dans un discours donné par Baden-Powell pendant sa tournée canadienne en 1910, il a exprimé son souhait que les jeunes scouts soient capables de protéger l’empire comme prochaines générations de soldats, et qu’ils puissent acquérir toutes les compétences nécessaires pour ce faire. Plusieurs des jeunes dans le mouvement contemplaient aussi une carrière militaire et admiraient le travail de Baden-Powell qui était connu comme le héro de la guerre des Boers. Ces motivations politiques ont contribué à la croissance rapide du scoutisme et de ses valeurs, mais aujourd’hui, la militarisation et la loyauté impériale ne sont plus des éléments du programme.

Toutefois, les aspects traditionnels du scoutisme comme l’aventure, le plaisir et l’éducation qui ont attiré les scouts du 20e siècle continuent d’attirer les garçons et les filles chez les scouts de nos jours. Dans Moments and Memories, un ancien scout appelé W.W. Schnarr partage ses aventures dans le groupe 1st Killarney  de 1911 à 1913 comme leurs séjours de camping, leurs sorties dans les foires, les festivals et autres évènements. Il se souvient aussi d’avoir participé à des marches et d’avoir joué dans une fanfare de style militaire avec sa troupe.

Certains des autres évènements qui ont eu lieu dans le premier groupe du Manitoba incluent des jeux de Boy Scouts en 1911, un camp de raquettes en 1913, un camp sur la plage en 1916, et bien plus encore. Ces activités et ces camps sont semblables aux évènements que nous effectuons de nos jours et qui continuent de plaire.

De manière globale, il existe de nombreux facteurs qui ont amené le scoutisme au Canada. Les motifs liés à l’impérialisme, au patriotisme et au militarisme ont largement contribué à exporter le scoutisme outre-mer. Alors que Baden-Powell et le gouvernement probritannique faisaient tout en leur pouvoir pour soutenir et recruter des dirigeants scouts pour faire décoller l’organisation, c’est réellement l’esprit du scoutisme qui a attiré les jeunes à se joindre. Il n’est pas surprenant de voir que le programme a continué s’exister puisque de nombreux jeunes aiment l’aventure, le plaisir, les nouveaux amis et la chance de se dépasser.

De nos jours le scoutisme compte toujours des milliers de jeunes membres à l’échelle du Canada. Bien que la politique et la société a évolué au fil des années au côté de la technologie, du monde du divertissement et de l’environnement, au bout du compte, les jeunes veulent d’amuser tout en apprenant afin de mieux se préparer pour l’avenir.  Tant que le scoutisme va continuer à offrir de belles occasions aux jeunes, on peut présumer comme mentionné dans Moments and Memories  que « l’esprit vivra toujours ».


Sources

Boy Scouts of Canada. Manitoba Council. Moments & Memories: A Glimpse at Manitoba Scouting, 1908-1982. Winnipeg: Boy Scouts of Canada, Manitoba Council, 1983.

MacDonald, Robert H, and Gibson Library. Sons of the Empire: The Frontier and the Boy Scout Movement, 1890-1918. Toronto: University of Toronto Press, 1993.

Dirks, Patricia. “Canada’s Boys—An Imperial or National Asset? Responses to Baden-Powell’s Boy Scout Movement in Pre-War Canada.” Canada and the British World: Culture, Migration, and Identity, Phillip Buckner and Francis, R. Douglas, eds. Vancouver: UBC Press, 2006. ProQuest Ebook Central.

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